Le cannabis fait-il baisser la testostérone ? Ce qu’a mesuré l’étude UNIGE-SCAHT

by TheGreenLab
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A researcher's gloved hand holding a molecular model of a steroid hormone in a bright laboratory, with Lake Geneva in the background

Dans une étude de l’Université de Genève (UNIGE) et du Swiss Centre for Applied Human Toxicology (SCAHT), 47 jeunes hommes qui utilisaient du cannabis avaient une testostérone plus élevée que 47 témoins, d’environ 23 % selon l’UNIGE. Deux autres androgènes fabriqués par les testicules étaient aussi plus élevés, mais pas ceux des glandes surrénales. C’est une étude transversale, qui montre une association et non une cause, menée avec du cannabis contenant du THC et non avec des produits au CBD. Le sperme n’a pas été analysé : elle ne dit rien de la fertilité. Pour lire cette étude dans son contexte, voir aussi notre guide comment lire une étude scientifique sur le CBD.

La fiche de l’étude
Titre originalCannabis consumption is associated with altered steroid metabolism in young men
RevueCommunications Medicine, vol. 6, article 224
Date16 avril 2026
AuteursMathieu Galmiche, Isabel Meister, Fanny Zufferey et al., auteur correspondant Serge Rudaz (Université de Genève ; Swiss Centre for Applied Human Toxicology, Bâle ; Hôpital du Valais, Sion ; Suisse)
TypeÉtude observationnelle transversale : 47 usagers de cannabis et 47 témoins appariés, profil de 70 hormones stéroïdes dans le sang
FinancementBourse du Swiss Centre for Applied Human Toxicology (SCAHT). Collecte des échantillons soutenue notamment par le Fonds national suisse et les Services médicaux de l’armée suisse. Aucun conflit d’intérêts déclaré
Niveau de preuve●●○○ 2 sur 4 : étude observationnelle transversale, qui compare deux groupes à un moment donné et montre une association, sans pouvoir établir de lien de cause à effet
Texte intégralEn accès libre sur le site de Communications Medicine

Une question débattue depuis cinquante ans

Selon l’Organisation mondiale de la santé, quelque 150 millions de personnes utilisent du cannabis dans le monde. Son effet sur les hormones masculines est discuté depuis longtemps. Le THC, sa principale molécule psychoactive, se lie aux récepteurs CB1 et CB2 du système endocannabinoïde, présents tout au long de l’axe qui relie le cerveau aux testicules, et dans les testicules eux-mêmes.

Les résultats publiés sont souvent jugés contradictoires. La seule étude ayant rapporté une testostérone plus basse chez les usagers de cannabis date de 1974 et portait sur 20 usagers et 20 témoins. Des études plus récentes, au Danemark et aux États-Unis, sur des milliers de jeunes hommes, ont au contraire mesuré une testostérone plus élevée chez les usagers, mais sur la base d’un usage déclaré, sans analyse de sang.

En 2024, une première étude sur la même cohorte suisse (Zufferey et al., revue Andrology) avait relevé des androgènes, les hormones dites masculines, ainsi que de l’estradiol et de la SHBG, une protéine de transport des hormones sexuelles, plus élevés chez les usagers. Les écarts étaient plus marqués chez les usagers chroniques, récents et chez ceux dont le cannabis contenait aussi du CBD. Le nouveau travail mesure des dizaines d’hormones à la fois.

94 jeunes Suisses issus du recrutement militaire

Les participants ont été recrutés dans toute la Suisse entre 2005 et 2017, lors du recrutement militaire obligatoire, qui permet de toucher la population générale. Ils avaient 18 à 23 ans au moment du prélèvement : 47 usagers de cannabis et 47 témoins appariés.

L’usage n’était pas seulement déclaré. Les usagers avaient dit avoir pris du cannabis dans les 7 jours précédents, et leur sang contenait du THC et du THC-COOH, un produit de dégradation du THC. Selon les auteurs, ces prélèvements reflètent un usage très récent, de moins de 12 heures. Les témoins ne déclaraient aucun usage et n’avaient ni THC ni THC-COOH détectable. Il s’agit donc de cannabis contenant du THC, utilisé à titre récréatif, et non de produits au CBD.

Avec une technique d’analyse très sensible, la spectrométrie de masse, l’équipe a recherché 171 hormones stéroïdes dans le sang, la famille de la testostérone, du cortisol et de la progestérone. Au total, 70 ont été identifiées de façon fiable. L’heure du prélèvement, l’indice de masse corporelle et le tabagisme n’expliquaient pas les écarts.

Des androgènes d’origine testiculaire plus élevés

Les trois principaux androgènes produits par les testicules étaient significativement plus élevés chez les usagers : l’androstènedione, précurseur de la testostérone, la testostérone elle-même et la dihydrotestostérone (DHT), l’androgène le plus puissant chez l’homme. Selon le communiqué de l’UNIGE du 28 mai 2026, la testostérone était environ 23 % plus élevée chez les usagers. Une étape de la même voie de fabrication, la 17α-hydroxyprogestérone, était aussi légèrement plus élevée.

D’autres hormones ne différaient pas entre les deux groupes : la progestérone, le cortisol, la cortisone et le 11-désoxycortisol. Parmi les usagers, les androgènes testiculaires étaient d’autant plus élevés que les taux de THC et de THC-COOH dans le sang l’étaient.

Schéma : androgènes testiculaires plus élevés chez les usagers de cannabis, androgènes des surrénales, LH, FSH et cortisol sans écart
Écarts mesurés dans le sang entre 47 usagers de cannabis contenant du THC et 47 témoins.

Ce résultat rejoint les grandes études danoise et américaine. Dans l’étude danoise, menée auprès de 1 215 jeunes hommes, la testostérone était 7 % plus élevée chez les usagers de cannabis après prise en compte d’autres facteurs.

Les testicules plutôt que les glandes surrénales

Chez l’homme, une partie des androgènes est fabriquée par les glandes surrénales, situées au-dessus des reins. C’est le cas des androgènes dits 11-oxy, dont la 11-cétotestostérone, d’une activité comparable à celle de la DHT. Ces androgènes étaient à des niveaux similaires chez les usagers et chez les témoins. Seuls ceux d’origine testiculaire étaient donc plus élevés.

La LH et la FSH, hormones de l’hypophyse qui commandent les testicules, ne différaient pas non plus. Pour les auteurs, l’hypothèse la plus probable est un effet direct des cannabinoïdes de la plante sur les cellules de Leydig, qui produisent la testostérone et portent des récepteurs CB1. « Le cannabis aurait ainsi une action directe sur les testicules », résume Serge Rudaz, auteur correspondant de l’étude à l’Université de Genève.

Le mécanisme reste incertain : la LH et la FSH sont libérées par à-coups, et une seule prise de sang les saisit mal. Un rôle du foie n’est pas exclu, même s’il paraît secondaire aux auteurs.

Deux dérivés de la progestérone liés à l’exposition

Les écarts les plus nets concernent deux dérivés de la progestérone : la 11β-hydroxyprogestérone (11β-OHP4) et la 5β-dihydroprogestérone (5β-DHP4). Toutes deux étaient nettement plus élevées chez les usagers, avec des écarts statistiquement très marqués.

Les chercheurs ont ensuite distingué usagers chroniques et occasionnels selon leur taux sanguin de THC-COOH, avec un seuil de 40 µg/L. La 11β-OHP4 ne différait pas significativement entre ces deux sous-groupes : elle signalerait l’exposition au cannabis en général. La 5β-DHP4 était plus élevée chez les usagers chroniques et augmentait avec les taux de THC et de THC-COOH : elle refléterait aussi l’intensité de l’usage. La testostérone, elle, ne différait pas entre chroniques et occasionnels.

Schéma : la 11β-OHP4, marqueur d'exposition générale, et la 5β-DHP4, liée à l'intensité de l'usage
Deux dérivés de la progestérone plus élevés chez les usagers ; seul le second diffère entre usagers chroniques et occasionnels.

Le rôle de la 5β-DHP4 dans la reproduction masculine reste inconnu. La progestérone intervient toutefois dans le fonctionnement des spermatozoïdes, ce qui justifie selon les auteurs de poursuivre les recherches.

Ce que l’étude montre et ne montre pas

Ce que l’étude montre : chez 47 jeunes hommes ayant utilisé récemment du cannabis contenant du THC, plusieurs androgènes d’origine testiculaire étaient plus élevés que chez 47 témoins, alors que les androgènes des surrénales ne variaient pas. Deux dérivés de la progestérone apparaissent comme de possibles marqueurs de l’exposition au cannabis.

Ce qu’elle ne montre pas : c’est une étude transversale, une photographie à un moment donné. Elle établit une association, pas un lien de cause à effet. La causalité inverse est possible : des hommes ayant naturellement plus de testostérone pourraient être plus enclins à prendre des risques, dont celui d’utiliser du cannabis. La hausse pourrait aussi être une réponse de compensation, si l’organisme devient moins sensible aux androgènes en présence de cannabinoïdes. L’alimentation, l’alcool, le sommeil ou le stress n’ont pas pu être pris en compte.

L’étude ne dit rien de la fertilité : le sperme n’a pas été analysé. L’UNIGE souligne qu’une testostérone plus élevée n’est pas le signe d’une meilleure qualité du sperme, le lien entre testostérone et fertilité étant très complexe. Les données disponibles sont peu concluantes : l’étude de 2024 n’a pas trouvé d’écart significatif des paramètres du sperme, alors que l’étude danoise rapportait moins de spermatozoïdes chez les usagers.

Schéma : quatre limites de l'étude sur le cannabis et les hormones masculines
Les principales limites soulignées par les auteurs et par l’UNIGE.

Enfin, les résultats portent sur des effets à court terme chez des usagers récents, jeunes et suisses. Selon les auteurs, ils ne peuvent pas être étendus aux femmes, à d’autres âges ou aux anciens usagers, et un risque de faux positifs subsiste.

Point de vigilance

Une testostérone plus élevée n’est ni un bénéfice démontré ni un signe rassurant pour la fertilité. L’étude décrit une production hormonale des testicules modifiée chez les usagers de cannabis, dont les conséquences sur la santé reproductive restent inconnues. Les auteurs jugent désormais essentiel d’étudier ce profil hormonal en lien avec la qualité du sperme.

Et en Suisse ?

La cohorte est issue du recrutement militaire suisse, et l’étude a été menée et financée en Suisse. Elle porte sur du cannabis contenant du THC, utilisé à titre récréatif, et non sur les produits au CBD vendus librement en Suisse. Ces produits contiennent moins de 1 % de THC total (voir ce que mesure le seuil de 1 %), relèvent d’autres lois et ne sont pas des médicaments.

Le chanvre et les produits à 1 % de THC total ou plus sont des stupéfiants, et leur usage non médical est interdit. Dans l’étude de 2024 sur la même cohorte, le CBD dont il est question était présent dans le cannabis utilisé, en plus du THC ; son résumé ne permet pas d’isoler un effet propre au CBD. Le cadre détaillé figure dans notre guide de la législation suisse, et notre dossier sur les cannabinoïdes du chanvre situe le THC et le CBD parmi les molécules de la plante.

En résumé

Chez 47 jeunes Suisses ayant utilisé récemment du cannabis contenant du THC, la testostérone et deux autres androgènes d’origine testiculaire étaient plus élevés que chez 47 témoins. Les androgènes des surrénales ne variaient pas, ce qui oriente les auteurs vers un effet direct sur les testicules. Cette étude transversale montre une association, pas une cause, ne mesure pas la fertilité et ne porte pas sur les produits au CBD.

Ce que dit la science

Résumé indépendant d’une publication scientifique. Il ne décrit pas les produits The Green Lab et ne constitue pas un conseil de santé.

Questions fréquentes

Le cannabis fait-il baisser la testostérone ?

Pas dans cette étude. Chez 47 jeunes hommes ayant utilisé récemment du cannabis contenant du THC, la testostérone était plus élevée que chez 47 témoins, d’environ 23 % selon l’UNIGE. Des études danoise et américaine vont dans le même sens. L’étude est transversale : elle montre une association, sans établir que le cannabis en soit la cause.

Une testostérone plus élevée signifie-t-elle une meilleure fertilité ?

Non. L’UNIGE souligne qu’une testostérone plus élevée n’est pas le signe d’une meilleure qualité du sperme, et que le lien entre testostérone et fertilité est très complexe. La hausse pourrait même refléter une réponse de compensation de l’organisme. Le sperme n’a pas été analysé dans cette étude, et les données existantes sur la qualité du sperme des usagers sont peu concluantes.

Cette étude concerne-t-elle les produits au CBD ?

Non. Les participants avaient utilisé du cannabis contenant du THC, à titre récréatif, et leur usage était confirmé par la présence de THC et de THC-COOH dans le sang. Les produits au CBD vendus librement en Suisse, à moins de 1 % de THC, n’ont pas été étudiés. Les résultats ne peuvent donc pas leur être appliqués.

Pourquoi les chercheurs évoquent-ils une action sur les testicules ?

Les androgènes fabriqués par les testicules étaient plus élevés chez les usagers, mais pas ceux produits par les glandes surrénales. La LH et la FSH, hormones de l’hypophyse qui commandent les testicules, ne différaient pas non plus. Les auteurs y voient la piste d’un effet direct sur les cellules qui produisent la testostérone, sans que le mécanisme soit démontré.

Qui a participé à cette étude ?

94 jeunes hommes de 18 à 23 ans, recrutés dans toute la Suisse entre 2005 et 2017 lors du recrutement militaire obligatoire. 47 avaient utilisé du cannabis dans les 7 jours précédents, confirmé par analyse de sang ; 47 témoins appariés n’en avaient pas utilisé. Les résultats ne valent pas pour les femmes, d’autres âges ou les anciens usagers.