Combien de personnes utilisent du CBD ? Ce que montre une méta-analyse de 43 enquêtes

by TheGreenLab
Ce que dit la science
Illustration: globe centred on Europe and North America with small figures, bar chart, hemp leaf and molecule

Dans cette méta-analyse de 43 enquêtes, 12,8 % des personnes interrogées en Europe déclaraient avoir déjà utilisé du CBD, contre 28,9 % en Amérique du Nord. L’équipe de l’université d’Oviedo, en Espagne, a réuni des données recueillies auprès de près de 390 000 personnes ; la proportion de femmes dans les échantillons ne modifiait pas ces chiffres. Le niveau de preuve est intermédiaire : les enquêtes réunies sont très différentes les unes des autres, et l’étude décrit l’usage, pas ses effets. Voici ce qu’elle a mesuré, Suisse comprise. Notre méthode et la liste de tous les résumés de la rubrique figurent dans le guide comprendre une étude scientifique sur le CBD.

La fiche de l’étude
Titre originalThe prevalence of cannabidiol (CBD) use in North America and Europe: A meta-analysis
RevueAddiction, vol. 121, n° 7, p. 1653-1670
Date22 février 2026 (en ligne), numéro de juillet 2026
AuteursSara Weidberg, Clara Iza-Fernández, Layla Alemán-Moussa, Andrea Krotter et al. (université d’Oviedo et université internationale de La Rioja, Espagne)
TypeRevue systématique et méta-analyse de 43 enquêtes transversales (388 447 personnes), protocole enregistré à l’avance
FinancementPlan national espagnol sur les drogues et bourses de la Principauté des Asturies, sans rôle dans l’étude. Aucun conflit d’intérêts déclaré
Niveau de preuve●●○○ 2 sur 4 : méta-analyse rigoureuse, mais d’enquêtes très différentes les unes des autres ; elle décrit l’usage, pas les effets
Texte intégralEn accès libre sur PubMed Central

Une méta-analyse de 43 enquêtes

Selon ses auteurs, cette méta-analyse est la première à estimer la part des personnes qui utilisent du CBD en Europe et en Amérique du Nord. Le marché du CBD a beaucoup grandi ces dernières années, et des enquêtes mesuraient déjà l’usage dans tel pays ou tel groupe, sans synthèse d’ensemble.

Une méta-analyse regroupe plusieurs études pour en tirer une estimation commune. Les chercheurs ont retenu 43 études publiées jusqu’en mars 2025, dont 30 nord-américaines (353 088 personnes) et 13 européennes (35 359 personnes). Les participants avaient 31 ans en moyenne et 57,5 % étaient des femmes. Le protocole avait été enregistré à l’avance, deux chercheurs ont sélectionné les études de façon indépendante, et 30 enquêtes sur 43 ont été jugées à faible risque de biais. La plupart des tests de biais de publication, c’est-à-dire de la tendance à ne publier que certains résultats, n’en ont pas détecté.

Toutes ces études sont des enquêtes : on demande aux gens s’ils ont utilisé un produit vendu pour sa teneur en CBD. Les chercheurs ont calculé la prévalence, c’est-à-dire la part des personnes concernées, sur cinq périodes : au moins une fois dans la vie, dans l’année, dans le mois, dans la semaine, et chaque jour.

Europe et Amérique du Nord : les estimations

Sur les cinq périodes étudiées, les estimations sont plus élevées en Amérique du Nord. Les deux continents étaient si différents que les chercheurs ont calculé des estimations séparées.

PériodeEuropeAmérique du Nord
Au moins une fois dans la vie12,8 % (6 à 25 %)28,9 % (20 à 39 %)
Dans les 12 derniers mois17,6 % (11 à 28 %)19,5 % (11 à 32 %)
Dans les 30 derniers jours7,2 % (2 à 21 %)12,0 % (7 à 20 %)
Dans les 7 derniers jours4,3 % (1 à 13 %)10,5 % (1 à 47 %)
Chaque jour2,1 % (1 à 8 %)6,4 % (3 à 13 %)
Part des personnes interrogées ayant utilisé du CBD, estimation moyenne de la méta-analyse. Entre parenthèses : la marge d’incertitude (intervalle de confiance à 95 %).

En Amérique du Nord, 28,9 % des personnes interrogées avaient déjà utilisé du CBD, contre 12,8 % en Europe. L’écart le plus marqué concerne l’usage quotidien : 6,4 % des personnes interrogées en Amérique du Nord, contre 2,1 % en Europe, soit trois fois plus. En Europe, 7,2 % des personnes interrogées en avaient utilisé dans le mois.

Un détail de lecture : en Europe, l’usage dans l’année (17,6 %) dépasse l’usage « au moins une fois » (12,8 %), ce qui est impossible dans une même population. C’est que chaque estimation repose sur un groupe d’études différent : 10 études pour la vie entière, 8 pour l’année écoulée.

Schéma : part des personnes ayant utilisé du CBD en Europe et en Amérique du Nord
Les estimations sont plus élevées en Amérique du Nord sur toutes les périodes, avec l’écart le plus marqué pour l’usage quotidien.

Qui utilise du CBD, et comment ?

Sur les deux continents, la proportion de femmes dans les échantillons ne modifiait pas les chiffres d’usage. L’année de l’enquête, entre 2018 et 2025, non plus. Les auteurs relèvent que cela diffère du cannabis, plus utilisé par les hommes, et évoquent un marketing qui vise aussi les femmes.

Le type de population, lui, fait varier les chiffres. En Europe, 25,6 % des patients suivis pour une maladie avaient utilisé du CBD dans l’année, contre 11,6 % dans la population générale. Ces patients souffraient notamment de problèmes articulaires, de cancers ou de douleurs chroniques. En Amérique du Nord, c’est l’inverse : 26,1 % dans la population générale contre 4,1 % chez les patients. Hypothèse des auteurs : l’accès plus restreint au cannabis, y compris médical, pousserait certains patients européens vers le CBD.

Les auteurs souhaitent que ces patients en parlent davantage à un soignant, car le CBD peut modifier l’élimination de certains médicaments par le foie : c’est un sujet à aborder avec son médecin.

Schéma : ce qui fait varier l'usage du CBD selon le sexe, l'année et le type de population
Ni le sexe ni l’année ne changent les chiffres ; le type de population joue en sens inverse selon le continent.

Sur la vie entière, la voie sublinguale (des gouttes sous la langue) est le mode le plus cité, par 61,4 % des utilisateurs, devant le vapotage (52,8 %) et la fumée (43 %). Sur l’année et le mois écoulés, l’inhalation passe en tête, d’après un plus petit nombre d’études. Les auteurs y voient le signe d’un marketing récréatif du CBD.

Pourquoi un tel écart entre les continents ?

Les auteurs avancent trois explications possibles. Le marketing d’abord : les publicités mettent surtout en avant la santé (douleur, anxiété, sommeil, stress), et selon eux les bénéfices perçus dépassent souvent l’efficacité démontrée. L’offre ensuite : l’Amérique du Nord propose davantage de produits, notamment à manger (bonbons gélifiés, chocolat), qui ne peuvent pas être commercialisés légalement en Europe, écrivent-ils.

Troisième piste : le THC. Les limites légales portent sur la plante, pas sur le produit fini. Une analyse américaine citée par les auteurs a trouvé du THC dans 21 produits sur 80 étiquetés « sans THC ». En Europe, une étude similaire en a trouvé dans 12 produits sur 14, et 93 % restaient sous la limite de 0,2 %. Les auteurs y voient un risque d’exposition involontaire au THC, surtout aux États-Unis.

Ce que la méta-analyse montre et ne montre pas

La méta-analyse donne un ordre de grandeur de l’usage du CBD sur deux continents, à partir d’enquêtes très différentes les unes des autres. Les auteurs demandent eux-mêmes de lire ces estimations avec prudence. Seules 26 % des études étaient pondérées pour représenter la population, et près d’un tiers (14 sur 43) présentaient un risque de biais modéré ou élevé. Les résultats varient aussi énormément d’une enquête à l’autre : l’usage « au moins une fois » va de 1,9 % à 34,3 % en Europe, et de 7,1 % à 73,1 % en Amérique du Nord.

L’« Europe » de l’étude se résume à cinq pays, et près de 70 % des études viennent des États-Unis. Le CBD prescrit n’est pas distingué du CBD en vente libre : seules 7 études sur 43 donnaient cette information. L’âge, les lois de chaque pays et l’usage de THC ne sont pas pris en compte. Enfin, l’étude compte les utilisateurs : elle ne mesure ni leurs motivations ni les effets ressentis, et les auteurs demandent aux grandes enquêtes nationales de recueillir ces données.

Schéma : quatre limites de la méta-analyse sur l'usage du CBD
Les quatre limites principales de l’étude, signalées par les auteurs eux-mêmes.

Point de vigilance

Une moyenne n’est pas un portrait. Les enquêtes réunies vont d’adolescents de 13-14 ans à des patients atteints de maladies chroniques. Ces chiffres donnent un ordre de grandeur, pas la part d’utilisateurs dans un pays donné.

Ce que proposent les auteurs

Les chercheurs formulent plusieurs propositions à l’intention des autorités : des étiquettes exactes, des limites claires de THC dans les produits finis et des règles harmonisées entre pays, car beaucoup de produits s’achètent en ligne. Ils veulent aussi encadrer la publicité, surtout celle qui peut toucher les mineurs, et mieux distinguer, dans l’information du public, les médicaments à base de cannabis à l’efficacité démontrée des produits au CBD dont l’efficacité n’est pas établie.

Et en Suisse ?

Deux des 13 études européennes ont été menées en Suisse. La première a interrogé 5 233 jeunes hommes (28 ans en moyenne) en 2019-2020 : 32,4 % avaient déjà utilisé du CBD et 18,5 % dans l’année, et 0,6 % chaque jour. L’inhalation était de loin le mode le plus cité. La seconde portait sur 469 patients suivis pour un trouble lié à l’usage de substances, en 2019 : 34,3 % avaient déjà utilisé du CBD, 25,2 % dans l’année. Ces deux enquêtes portent sur des groupes particuliers et ne représentent pas l’ensemble de la population suisse.

Les produits au CBD vendus librement contiennent moins de 1 % de THC total (voir ce que mesure le seuil de 1 %) ; ils relèvent d’autres lois, présentées dans notre guide de la législation suisse, et ne sont pas des médicaments. Au-delà de 1 %, le chanvre est un stupéfiant et son usage non médical est interdit. Pour les fleurs et les vapes, voir aussi ce que change la loi sur les produits du tabac.

Depuis le 1er août 2022, les médecins peuvent prescrire des médicaments à base de cannabis sans autorisation exceptionnelle de l’OFSP ; Swissmedic contrôle leur production et leur commerce, et l’assurance de base ne les rembourse qu’exceptionnellement. L’Epidyolex, à base de CBD, est autorisé par Swissmedic contre certaines épilepsies. Au volant, le seuil de THC dans le sang est de 1,5 µg/L (voir voyager et conduire avec du CBD).

En résumé

Dans cette méta-analyse de 43 enquêtes, 12,8 % des personnes interrogées en Europe et 28,9 % en Amérique du Nord avaient déjà utilisé du CBD, et l’usage quotidien était trois fois plus fréquent outre-Atlantique. Le sexe et l’année de l’enquête ne modifiaient pas ces chiffres ; en Europe, 25,6 % des patients suivis pour une maladie en avaient utilisé dans l’année. Ces moyennes donnent un ordre de grandeur ; l’étude mesure l’ampleur de l’usage, pas ses effets.

Ce que dit la science

Résumé indépendant d’une publication scientifique. Il ne décrit pas les produits The Green Lab et ne constitue pas un conseil de santé.

Questions fréquentes

Combien de personnes utilisent du CBD en Europe ?

Selon cette méta-analyse de 13 études européennes, 12,8 % des personnes interrogées en avaient déjà utilisé, 7,2 % dans le dernier mois et 2,1 % chaque jour. Ce sont des ordres de grandeur, entourés d’une marge d’incertitude importante et tirés de cinq pays seulement : Royaume-Uni, France, Allemagne, Suisse et Espagne.

Les femmes utilisent-elles plus de CBD que les hommes ?

Non, d’après cette étude. En Europe comme en Amérique du Nord, la proportion de femmes dans les échantillons ne modifiait pas les chiffres d’usage. Les auteurs relèvent que cela diffère du cannabis, plus utilisé par les hommes, et y voient peut-être l’effet d’un marketing qui vise aussi les femmes.

Pourquoi l’usage est-il plus élevé en Amérique du Nord ?

Les auteurs avancent trois pistes : un marketing très axé sur la santé, une offre plus large, notamment de produits à manger qui ne peuvent pas être commercialisés légalement en Europe selon eux, et des produits parfois plus riches en THC que ne l’indique l’étiquette. Ce sont des hypothèses, que l’étude n’a pas testées.

Que sait-on de l’utilisation du CBD en Suisse ?

Deux études suisses figurent dans la méta-analyse. Chez 5 233 jeunes hommes interrogés en 2019-2020, 32,4 % avaient déjà utilisé du CBD et 18,5 % dans l’année, et 0,6 % chaque jour. Chez 469 patients suivis pour un trouble lié à l’usage de substances, 25,2 % en avaient utilisé dans l’année. Aucune ne représente toute la population.

Cette étude montre-t-elle que le CBD est efficace ?

Non, ce n’est pas son objet. Elle a mesuré la part des personnes qui disent avoir utilisé du CBD, sans recueillir leurs raisons ni les effets ressentis. Les auteurs estiment que les bénéfices attendus par beaucoup d’utilisateurs dépassent ce que les preuves établissent. Le seul médicament au CBD reconnu, l’Epidyolex, vise des épilepsies rares de l’enfant.