Selon quatre chercheurs de l’université Yale, de plus en plus de personnes de plus de 50 ans utilisent du cannabis pour dormir, et beaucoup déclarent mieux dormir. Les auteurs rassemblent les premiers résultats publiés, comme un endormissement parfois plus rapide avec le THC ou une légère hausse de l’efficacité du sommeil mesurée dans un essai pilote sur le CBD, et listent les études qui manquent chez les seniors. Leur texte est un avis d’experts, sans nouvelles données, qui s’appuie surtout sur des travaux menés chez des adultes jeunes. Voici ce qu’ils écrivent, et comment le lire. Ce résumé fait partie de la rubrique « Ce que dit la science », dont la méthode est expliquée dans notre guide comment lire une étude scientifique sur le CBD.
| La fiche de l’étude | |
|---|---|
| Titre original | Cannabis for sleep in older adults: use has outpaced the science |
| Revue | Journal of Cannabis Research, vol. 8, article 104 |
| Date | 9 octobre 2026 |
| Auteurs | Khaled Draghmeh, Prakash Gupta, Henry Yaggi et Deepak Cyril D’Souza (faculté de médecine de Yale et hôpital des anciens combattants du Connecticut, États-Unis) |
| Type | Lettre de commentaire : une synthèse d’experts, sans nouvelles données |
| Financement | En partie par le centre de recherche sur le cannabis de Yale. Aucun conflit d’intérêts déclaré |
| Niveau de preuve | ●○○○ 1 sur 4 : avis d’experts, qui résume les études existantes |
| Texte intégral | En accès libre sur PubMed Central |
Sur cette page
- Un usage en hausse après 50 ans
- Pourquoi les auteurs demandent des études chez les seniors
- « Je dors mieux » : ressenti déclaré et sommeil mesuré
- THC : effets décrits en laboratoire, tolérance avec l’habitude
- CBD et CBN : ce qu’ont mesuré les premiers essais
- Ce que la lettre montre et ne montre pas
- Et en Suisse ?
- En résumé
- Questions fréquentes
Un usage en hausse après 50 ans
Aux États-Unis, l’enquête nationale de 2024 sur les drogues et la santé estime que 15 % des plus de 50 ans ont utilisé du cannabis au cours de l’année, et 10,5 % des plus de 65 ans. Les seniors sont l’un des groupes où l’usage progresse le plus vite, et l’écart entre hommes et femmes se resserre. Les auteurs prennent 50 ans comme seuil, comme le fait l’Institut national américain sur l’abus de drogues.
Le sommeil figure parmi les premières raisons citées. L’insomnie touche jusqu’à la moitié des personnes âgées, et elle est associée aux chutes, au déclin cognitif, aux maladies cardiovasculaires et à la dépression. Beaucoup voient dans le cannabis une alternative plus naturelle aux somnifères. Les auteurs relèvent aussi que les produits vendus aux États-Unis n’ont pas d’autorisation de l’agence du médicament, que leurs promesses sont rarement étayées et que leur composition varie beaucoup d’un produit à l’autre.
Pourquoi les auteurs demandent des études chez les seniors
Les auteurs défendent une thèse, résumée dans le titre d’une de leurs sections : les seniors ne sont pas des utilisateurs jeunes qui auraient vieilli. Ils avancent quatre raisons, qui correspondent chacune à une piste de recherche.
D’abord, le corps change. La masse grasse, le foie et les reins ne travaillent plus de la même façon, ce qui modifie la façon dont une substance est absorbée puis éliminée. Pour le THC, le CBD ou le CBN, ces différences restent presque entièrement à explorer. Les seniors utilisent en outre surtout des formes orales, dont l’effet arrive lentement, dure longtemps et varie beaucoup d’une personne à l’autre.
Ensuite, ils prennent souvent plusieurs médicaments, et le CBD peut modifier la façon dont le foie élimine certains d’entre eux, des interactions encore mal décrites et à aborder avec son médecin.
Troisième raison : le système endocannabinoïde lui-même vieillit. Des études chez l’animal et des images du cerveau humain suggèrent que les récepteurs CB1, la cible principale du THC, deviennent moins disponibles avec l’âge. On ne sait pas encore si cela renforce, affaiblit ou modifie les effets.
Enfin, la ménopause. Les troubles du sommeil y sont fréquents, et de plus en plus de femmes disent utiliser du cannabis pendant cette période. Les études contrôlées menées auprès d’elles sont pratiquement inexistantes.

« Je dors mieux » : ressenti déclaré et sommeil mesuré
Selon les auteurs, les personnes qui utilisent du cannabis pour dormir sont nombreuses à déclarer qu’elles dorment mieux. Ils demandent que les futurs essais recueillent ce ressenti, à côté de mesures objectives. Le sommeil se mesure de deux façons : la polysomnographie, en laboratoire, enregistre l’activité du cerveau, des yeux et des muscles pendant la nuit ; l’actimétrie suit les mouvements avec un petit capteur porté au poignet.
Ressenti et mesure ne concordent pas toujours, un écart connu des spécialistes de l’insomnie, avec ou sans cannabis. Les revues récentes fondées sur des mesures objectives n’ont pas trouvé d’effet constant du cannabis ni des cannabinoïdes sur la durée du sommeil, le temps d’endormissement, les réveils, l’efficacité du sommeil ou ses différents stades. Les auteurs demandent donc des essais qui combinent les deux approches.

THC : effets décrits en laboratoire, tolérance avec l’habitude
Les études sur le THC, surtout en prise ponctuelle en laboratoire, décrivent parfois un endormissement plus rapide, un sommeil un peu plus long, plus de sommeil profond et moins de sommeil paradoxal. Ces résultats varient d’une étude à l’autre.
Avec un usage régulier, le corps s’habitue au THC : c’est la tolérance, et l’effet du début peut diminuer, ce qui pousse certains à augmenter les quantités. À l’arrêt, le sevrage provoque des troubles du sommeil : difficulté à s’endormir, réveils, sommeil moins efficace. Selon les auteurs, une partie du « mieux dormir » décrit par les utilisateurs réguliers pourrait donc correspondre au soulagement de ce manque, plutôt qu’à un effet durable.

CBD et CBN : ce qu’ont mesuré les premiers essais
Dans un essai pilote contrôlé contre placebo, mené chez des personnes souffrant d’insomnie, les participants qui prenaient 150 mg de CBD chaque soir ont eu une légère hausse de l’efficacité du sommeil, mesurée par les appareils. La plupart des mesures ressenties ont peu bougé. Le CBD et le CBN sont souvent présentés comme des aides au sommeil, mais les essais restent peu nombreux.
D’autres essais sur le CBD et le CBN rapportent des améliorations déclarées par les participants, comme moins de réveils nocturnes. Leurs résultats ne concordent pas toujours, et l’ajout de CBD au CBN n’a pas clairement fait mieux que le CBN seul. Pour les auteurs, la question de savoir si le CBD, le CBN ou leurs mélanges améliorent la qualité du sommeil reste ouverte.
| Molécule | Ce qui a été étudié | Ce que montrent les résultats | Études chez les seniors |
|---|---|---|---|
| THC | Surtout des prises ponctuelles en laboratoire, chez des adultes jeunes | Endormissement parfois plus rapide, plus de sommeil profond ; effets irréguliers, tolérance avec l’usage régulier, troubles du sommeil au sevrage | Presque aucune |
| CBD | Quelques essais, dont un à 150 mg par soir | Légère hausse de l’efficacité mesurée ; ressenti peu modifié | Presque aucune |
| CBN | Quelques essais, seul ou associé au CBD | Améliorations déclarées, comme moins de réveils ; résultats irréguliers | Presque aucune |
Ce que la lettre montre et ne montre pas
La lettre décrit une tendance : l’usage de cannabis pour dormir progresse chez les seniors plus vite que la recherche. Elle ne démontre aucun effet chez les plus de 50 ans. C’est un avis d’experts, sans nouvelles données. Les études qu’elle résume portent surtout sur des adultes jeunes, souvent sur peu de participants. Beaucoup de travaux sur le THC sont anciens et utilisent des préparations très différentes des produits actuels. Le « mieux dormir » ressenti n’est pas confirmé par les mesures objectives, et les essais sur le CBD et le CBN testaient de fortes doses de molécules pures, sans grand rapport avec les quantités présentes dans la plante.
Les doses et préparations testées (150 mg de CBD par soir dans l’essai pilote, molécules pures à forte dose) n’ont rien de comparable avec les produits au CBD vendus librement en Suisse, qui ne sont pas des médicaments.
Point de vigilance
Les auteurs le soulignent : le manque d’études ne démontre ni un bénéfice ni un danger. Il signifie que la question n’a pas encore été étudiée correctement chez les personnes qui utilisent le plus ces produits.
Aux chercheurs, les auteurs fixent quatre priorités : des essais contrôlés en double aveugle chez des seniors, avec des produits proches de ceux réellement vendus ; des mesures à la fois ressenties et objectives ; l’étude du devenir des cannabinoïdes dans l’organisme selon l’âge, et des interactions ; enfin, un suivi sur plusieurs années de la tolérance et de la dépendance.
Aux médecins, ils demandent d’interroger systématiquement leurs patients âgés sur leur usage de cannabis, car beaucoup n’en parlent pas spontanément, et de discuter franchement des points encore incertains : composition des produits, quantités, tolérance, sevrage, interactions, mémoire, chutes, cœur et conduite. Tant que des essais solides manquent, ils conseillent de garder en premier recours les traitements reconnus de l’insomnie chronique.
Et en Suisse ?
L’article décrit la situation américaine, où le cannabis riche en THC est légal dans de nombreux États. En Suisse, le cadre est différent. Le chanvre et les produits qui contiennent 1 % de THC total ou plus restent des stupéfiants, et leur usage non médical est interdit (voir ce que mesure le seuil de 1 %).
Depuis le 1er août 2022, les médecins peuvent prescrire des médicaments à base de cannabis sans autorisation exceptionnelle de l’Office fédéral de la santé publique, sous leur propre responsabilité. La production et le commerce de ce cannabis médical sont contrôlés par Swissmedic, et l’assurance de base ne le rembourse qu’exceptionnellement. Les produits au CBD vendus librement relèvent d’autres lois, présentées dans notre guide de la législation suisse : ce ne sont pas des médicaments. Pour la chimie de ces molécules, voir notre dossier sur les cannabinoïdes du chanvre.
En résumé
Selon la lettre de Yale, le cannabis fait partie des nuits de nombreux seniors, et beaucoup déclarent qu’il les aide à mieux dormir. Les études citées décrivent un endormissement parfois plus rapide avec le THC, un effet qui s’émousse avec l’habitude, une légère hausse de l’efficacité du sommeil mesurée dans un essai pilote sur le CBD, et moins de réveils déclarés dans des essais sur le CBD et le CBN. Ces travaux sont peu nombreux et ont surtout été menés chez des adultes jeunes. Les auteurs demandent des essais conçus pour les plus de 50 ans, avant de pouvoir conclure dans un sens ou dans l’autre.
Ce que dit la science
Résumé indépendant d’une publication scientifique. Il ne décrit pas les produits The Green Lab et ne constitue pas un conseil de santé.
Questions fréquentes
Le CBD aide-t-il à dormir après 50 ans ?
Les études chez les plus de 50 ans sont presque inexistantes. Dans un essai pilote contre placebo, les participants qui prenaient 150 mg de CBD chaque soir ont eu une légère hausse de l’efficacité du sommeil mesurée, avec un ressenti peu modifié. D’autres essais sur le CBD et le CBN rapportent moins de réveils déclarés, avec des résultats irréguliers, surtout chez des adultes plus jeunes.
Pourquoi étudier spécifiquement les seniors ?
Parce que leur organisme fonctionne autrement, selon les auteurs. Avec l’âge, le corps absorbe et élimine les substances différemment, les traitements médicaux se multiplient et les récepteurs CB1 deviennent moins disponibles. Les chercheurs de Yale demandent donc des essais conçus pour cette population, plutôt que des résultats transposés depuis des adultes jeunes.
Qu’est-ce que la polysomnographie ?
C’est l’examen de référence du sommeil. Pendant une nuit, généralement en laboratoire, des capteurs enregistrent l’activité du cerveau, des yeux, des muscles et la respiration. Il mesure objectivement l’endormissement, les réveils et les stades du sommeil, et complète ainsi les questionnaires, qui recueillent le ressenti. Les chercheurs de Yale veulent que les futurs essais utilisent les deux.
Pourquoi l’effet du THC sur le sommeil s’émousse-t-il ?
Dans les études de laboratoire, le THC accélère parfois l’endormissement au début. Avec un usage régulier, le corps s’habitue : c’est la tolérance, qui réduit cet effet de départ. À l’arrêt, le sevrage provoque des troubles du sommeil. Selon les auteurs, une partie de l’amélioration décrite par les utilisateurs réguliers pourrait donc correspondre à la fin de ce sevrage, plutôt qu’à un effet durable.
Un médecin peut-il prescrire du cannabis en Suisse ?
Oui. Depuis le 1er août 2022, les médecins peuvent prescrire des médicaments à base de cannabis sans autorisation exceptionnelle de l’OFSP, sous leur responsabilité. L’usage non médical du cannabis contenant 1 % de THC ou plus reste interdit, et le remboursement par l’assurance de base est exceptionnel.



