Full Spectrum, Broad Spectrum, isolat : ce que disent vraiment ces trois mots

by TheGreenLab
Huiles
Laboratory bench with a beaker of amber hemp distillate, a beaker of lighter distillate and a Petri dish of white CBD crystals, with a The Green Lab Hemp CBD oil bottle and box in the background

Full Spectrum, Broad Spectrum et isolat sont les trois mots les plus imprimés sur les flacons de CBD, et aucun texte officiel ne les définit. Dans l’usage du métier, ils décrivent ce que l’extrait a gardé de la plante : presque tout, presque tout sauf le THC, ou le seul cannabidiol. Voici ce qu’ils recouvrent vraiment, comment on les obtient, et ce qu’il faut lire à la place pour savoir ce que contient un produit.

Trois mots qu’aucun texte ne définit

On pourrait croire que ces termes renvoient à une norme. Ce n’est pas le cas. Aucune pharmacopée, aucune norme ISO, aucun texte suisse ou européen ne définit Full Spectrum ou Broad Spectrum. Il ne s’agit pas d’un oubli : là où les autorités ont légiféré sur le cannabis, elles ont choisi d’autres critères.

La Pharmacopée européenne a adopté en 2023 une monographie sur la fleur de cannabis, en vigueur depuis le 1er juillet 2024. Elle classe la plante en trois chémotypes selon le cannabinoïde dominant : THC dominant, intermédiaire, CBD dominant. Le mot spectre n’y figure pas. Côté normalisation, le comité technique de l’ISO consacré au cannabis, l’ISO/TC 353, a été créé en 2025 et tient sa première réunion en octobre 2026 : aucune norme n’est encore publiée.

En Suisse, le document de référence publié conjointement par Swissmedic, l’OFSP et l’OSAV sur les produits contenant du CBD n’emploie ni Full Spectrum, ni Broad Spectrum, ni isolat comme catégorie. Il parle d’extraits, de préparations et de substances pures, et il classe les produits selon leur usage prévu. Les seules définitions écrites de ces trois termes viennent d’associations professionnelles, surtout américaines, et n’ont aucune valeur contraignante.

Ce que recouvre chaque terme

Faute de définition officielle, le métier s’accorde sur un usage. Un extrait Full Spectrum conserve un large ensemble de constituants du chanvre : le cannabidiol, les cannabinoïdes mineurs comme le CBG et le CBC, une part des terpènes, et du THC à l’état de traces, sous la limite légale suisse. Un extrait Broad Spectrum vise à garder ce même ensemble en retirant le THC autant que le procédé le permet. Un isolat ne contient plus que du cannabidiol purifié, sous forme de cristaux blancs.

Full SpectrumBroad SpectrumIsolat
CBDprésentprésentplus de 99 %
Cannabinoïdes mineurs (CBG, CBC…)conservésconservésabsents
THCtraces possibles, sous 1 % de THC totalretiré, recherché et attendu non détectéécarté à la cristallisation
Terpènesprésents, variables selon le procédévariables selon le procédéabsents
Ce qui est retirérien intentionnellementle THCtout ce qui n’est pas du CBD
Aspectdistillat doré, épaisdistillat doré, plus clairpoudre cristalline blanche
Les trois types d’extraits selon l’usage du métier. Ce tableau décrit une composition, pas une norme.
Schéma comparant Full Spectrum, Broad Spectrum et isolat : CBD présent partout, cannabinoïdes mineurs conservés sauf dans l'isolat, THC à l'état de traces dans le Full Spectrum et retiré ailleurs, terpènes variables selon le procédé
Du Full Spectrum à l’isolat, chaque étape retire quelque chose. Les proportions exactes ne figurent que sur le certificat d’analyse du lot.

Deux distillats Full et Broad se ressemblent à l’œil nu. La différence ne se voit pas, elle se mesure. C’est pour cela qu’une huile se choisit sur son analyse plutôt que sur sa couleur.

Comment on obtient un isolat

Le mot purification recouvre une opération plus élégante qu’il n’y paraît. Un travail publié en 2025 par une équipe de l’Université Ca’ Foscari de Venise en décrit toute la chaîne : décarboxylation, extraction au CO2 supercritique, winterisation, filtration, chromatographie, puis cristallisation sélective. Le résultat atteint une pureté supérieure à 99 %, vérifiée par RMN et par un laboratoire externe en HPLC.

Cristaux blancs en aiguilles formés au fond d'un cristallisoir en verre, entourés d'un liquide huileux doré, avec une baguette de verre
La cristallisation : les cristaux blancs se séparent du liquide huileux qui les entoure.

Le point le plus intéressant tient à la dernière étape. Le THC n’y est pas retiré par un filtre ni neutralisé par un réactif. Dans les conditions de cristallisation, le cannabidiol est la seule molécule du mélange à former des cristaux. Le THC reste dissous dans les eaux mères huileuses et s’en va avec elles. Les cires, les pigments, les phéophytines et les phospholipides ont été écartés plus tôt, à la winterisation et à la filtration. Un isolat est pur parce que le CBD cristallise et que le reste ne cristallise pas.

Schéma de fabrication d'un isolat de CBD : décarboxylation, extraction CO2 supercritique, winterisation et filtration, chromatographie, cristallisation sélective, qui sépare les cristaux de CBD des eaux mères contenant le THC
Les étapes d’un isolat. La dernière sépare les cristaux de CBD des eaux mères, où reste le THC.

Le procédé compte plus que l’étiquette

Entre deux extraits Full Spectrum, les écarts peuvent être plus grands qu’entre un Full et un Broad. La raison tient au procédé d’extraction. En 2024, des chercheurs de l’Université d’État de Pennsylvanie ont comparé pour la première fois les trois procédés commerciaux courants sur une même matière première. Les auteurs notent qu’aucune comparaison directe n’avait été publiée jusque-là.

ProcédéCannabinoïdesTerpènesCe qui ressort
CO2 supercritiquela plus grande variété et la plus grande quantité (CBD de 12,8 à 20,6 mg/g)variété minimaleriche en cannabinoïdes, pauvre en terpènes
Hydrodistillationpeula plus grande variété (bêta-caryophyllène de 25 à 42 mg/g)l’inverse du CO2
Éthanolle plus de formes acides (CBDA de 3,2 à 4,1 mg/g)faiblesconserve les cannabinoïdes acides
Composition des extraits selon le procédé, sur une même variété de chanvre. D’après Chacon et al., Plants, 2024.

Le résultat le plus parlant concerne le CO2 supercritique, souvent présenté comme le procédé haut de gamme qui préserve tout. Dans cette étude, il a donné la plus grande richesse en cannabinoïdes, mais la plus faible variété de terpènes des trois. Aucun procédé ne garde tout : chacun arbitre. Deux huiles marquées Full Spectrum peuvent donc avoir des profils très différents, sans que l’étiquette le dise.

L’effet d’entourage : d’où vient le mot

La plupart des pages sur le sujet justifient le Full Spectrum par l’effet d’entourage. L’histoire du terme vaut d’être connue. Il a été forgé en 1998 par l’équipe de Raphael Mechoulam, à Jérusalem, et il ne portait pas du tout sur des extraits de plante. Il décrivait des molécules produites par l’organisme lui-même, étudiées sur des cellules et chez la souris. Son application au chanvre est venue plus tard, notamment avec une revue de 2011 dont le titre parle d’une synergie « potentielle ».

Les évaluations publiées depuis sont prudentes, parfois sévères. Une revue pharmacologique de 2020 le qualifie d’hypothèse formulée après coup, aux mécanismes mal définis et non étayés. Une revue de 2024 conclut que les données ne permettent pas d’en faire un phénomène stable et prévisible, et demande de ne pas le présenter comme une science établie. Une étude de 2020 a testé cinq terpènes majeurs du chanvre, seuls et en mélange : aucun n’a modifié l’activité des récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2.

Rien de tout cela ne prouve qu’il n’y a rien à chercher de ce côté. Cela signifie qu’à ce jour, présenter l’effet d’entourage comme un fait acquis relève du discours commercial, pas de l’état des connaissances. Nous préférons décrire ce que nos analyses mesurent.

Le seuil de THC : 1 % en Suisse, 0,3 % dans l’UE

Le THC est la vraie ligne de partage entre Full et Broad Spectrum, et deux chiffres circulent. La Suisse retient 1 % de teneur totale en THC : en dessous, le chanvre et ses préparations ne relèvent pas de la loi sur les stupéfiants (ordonnance du DFI sur les tableaux des stupéfiants, OTStup-DFI, annexe 1). Le mot totale compte : il additionne le THC et sa forme acide, le THCA. Sous ce seuil, le produit n’est pas légal pour autant : il relève de la législation de son usage prévu.

L’Union européenne cite 0,3 %, relevé depuis 0,2 % au 1er janvier 2023. Mais ce seuil appartient au droit agricole : il fixe la teneur maximale des variétés de chanvre cultivables éligibles aux paiements directs et des importations de chanvre. Il ne s’applique pas tel quel aux produits finis, pour lesquels chaque État membre garde son propre régime.

Schéma comparant le seuil suisse de 1,0 % de THC total, qui relève du droit des stupéfiants, et le seuil européen de 0,3 % de THC, qui relève du droit agricole
Deux seuils, deux droits. Le chiffre suisse qualifie un produit, le chiffre européen une variété agricole.

Point de vigilance

« Sans THC » ne veut jamais dire zéro absolu. Sur un certificat, cela signifie que le THC n’a pas été détecté au-dessus de la limite de quantification de la méthode employée. Une mention « sans THC » n’a de sens qu’accompagnée de cette limite.

Lire un certificat d’analyse

Puisque les mots ne sont pas définis, l’information est ailleurs : sur le certificat d’analyse du lot. Ce ne sont pas les termes Full ou Broad qui renseignent, c’est la liste des cannabinoïdes quantifiés, la méthode analytique, en général la chromatographie liquide (HPLC), et les limites de quantification. Un isolat se reconnaît à une seule ligne au-delà de 99 %. Un extrait se reconnaît au nombre de lignes.

Trois certificats d'analyse fictifs : le Full Spectrum quantifie CBD, CBDA, CBG, CBC et THC total ; le Broad Spectrum les mêmes cannabinoïdes avec un THC sous la limite de quantification ; l'isolat une seule ligne, le CBD au-delà de 99 %
Exemples fictifs. Le nombre de lignes quantifiées en dit plus que la mention imprimée sur l’étiquette.

Cette lecture a une raison très concrète. En 2017, une étude américaine publiée dans le JAMA a analysé 84 produits au CBD achetés en ligne auprès de 31 entreprises. Seuls 31 % correspondaient à leur étiquette ; 43 % en contenaient moins qu’annoncé et 26 % davantage. Du THC a été détecté dans 18 produits sur 84. Ces données décrivent le marché américain en ligne de l’époque, pas le marché suisse ni un fabricant en particulier. Elles montrent pourquoi une analyse du lot vaut mieux qu’une mention sur un emballage.

Dans notre gamme

Nos huiles se répartissent entre les deux familles d’extraits. En Full Spectrum : la gamme Sublime sur MCT de coco, de 10 à 40 %, la gamme Chanvre sur huile de graine de chanvre, de 10 à 30 %, et le X-Strong à 45 % sur MCT de coco. En Broad Spectrum : la gamme sur huile d’olive en 10 et 20 %, sur olive citron en 30 %, et sur MCT de coco en 40 %.

Le choix entre les deux ne relève pas d’une promesse. Le Full Spectrum garde le profil le plus proche de la plante, avec des traces de THC sous le seuil suisse. Le Broad Spectrum convient à qui préfère un extrait dont le THC a été retiré. Pour situer le spectre parmi les autres critères, concentration et huile porteuse en tête, notre guide de l’huile CBD suisse reprend l’ensemble.

Voir aussi en boutique : toutes nos huiles CBD.

Notre laboratoire

Nos huiles Full Spectrum et Broad Spectrum sont formulées dans notre laboratoire de Gland, à partir d’extraits analysés. C’est la composition mesurée, et non le mot imprimé sur l’étui, qui guide notre formulation. Découvrir le laboratoire →

Questions fréquentes

Une huile Full Spectrum contient-elle du THC ?

Oui, en général à l’état de traces. C’est ce qui la distingue du Broad Spectrum. En Suisse, le chanvre et ses préparations ne relèvent pas de la loi sur les stupéfiants tant que leur teneur totale en THC reste inférieure à 1 %. La quantité exacte dépend du lot et se lit sur le certificat d’analyse.

Broad Spectrum veut-il dire zéro THC ?

Pas au sens absolu. Le Broad Spectrum est un extrait dont le THC a été retiré autant que le procédé le permet. Sur un certificat, on lit alors que le THC n’a pas été détecté au-dessus de la limite de quantification de la méthode. Cette limite donne son vrai sens à la mention « sans THC ».

Existe-t-il une définition officielle de Full Spectrum et de Broad Spectrum ?

Non. Aucune pharmacopée, aucune norme ISO et aucun texte suisse ou européen ne définit ces termes. La Pharmacopée européenne classe la fleur de cannabis en chémotypes, et les autorités suisses parlent d’extraits, de préparations et de substances pures. Les définitions existantes viennent d’associations professionnelles, sans valeur contraignante.

Un isolat de CBD est-il pur à 100 % ?

Un isolat atteint couramment une pureté supérieure à 99 %. Cette pureté vient de la cristallisation : le cannabidiol forme des cristaux, alors que le THC et les autres composés restent dissous dans le liquide qui les entoure. Le certificat d’analyse d’un isolat se résume donc à une seule ligne, celle du CBD.

L’effet d’entourage est-il démontré ?

Pas à ce jour. Le terme a été créé en 1998 à propos de molécules produites par l’organisme, pas d’extraits de plante. Les revues publiées en 2020 et en 2024 concluent que les données disponibles ne permettent pas d’en faire un phénomène établi. Nous préférons décrire ce que nos analyses mesurent.